14 mai 1986

C'est ce jour-là que le capixelisme, ce mariage entre l'image et l'argent, a fait ses premiers pas. Alors que nous n'avions qu'un seul écran dans le salon.

Le 14 mai 1986, François Léotard, ministre de la Culture et de la Communication se tient debout, à l’Assemblée nationale, face à l’hémicycle. Il est un peu plus de 15 h, la traditionnelle séance des questions au gouvernement suit son cours. Et là, surprenant le pays, il lâche cette phrase qui, quarante ans après, poursuit donc son oeuvre : « TF1 sera privatisée. »

Pour beaucoup, TF1 tient en une phrase. Celle qui revient systématiquement dans les différents travaux ou prises de paroles. Cette phrase, c’est celle de Patrick Le Lay, sur le temps de cerveau humain disponible vendu à Coca-Cola. Une référence commune. Toutefois, si cette phrase synthétise magistralement le métier de TF1, elle ne dit pas le côté pratique, sonnant et trébuchant du modèle d’affaires. Sa conséquence concrète pour la vie des ménages.

Heureusement, une autre phrase, écrite celle-la, par l’autre dirigeant emblématique de TF1 durant la même période, Etienne Mougeotte, s’avère particulièrement précieuse. 

Dans son livre « Mémoires » publié en 2021, le numéro deux de TF1 décrit un phénomène qu’il semble lui-même ne pas comprendre. Il évoque autour de l’année 1997, les budgets dédiés aux téléfilms de sa chaîne :

« Pour chacune de ces productions, les montants sont de plus en plus importants. Au moment de la privatisation de TF1, chaque téléfilm représente un investissement de 2 à 2,5 millions de francs. Dix ans plus tard, le financement dépasse les 7 à 8 millions de francs. »

En dix ans donc, cette privatisation aura permis une hausse conséquente des tarifs publicitaires.

La ménagère de moins de cinquante ans voyait déjà ici, son pouvoir d’achat malmené. Dans le prix des marchandises, dans la chaîne de valeur pour les fabriquer, les transporter, cette hausse allait devoir figurer désormais. 

Le pouvoir d’achat venait de faire son entrée à la Bourse. Manifestement à la baisse.

  • Journaliste, auteur, Benoît Van de Steene s’intéresse au modèle économique de la publicité. Il a publié un essai, Médias et publicité. Echanges avec notre président sur la société de l’image (Ellipses, 2011).