Cher Björn Borg,
Alors, comment ça va la petite santé ? Toujours en short ! Eté comme hiver ! Le bandeau sur les oreilles ! Jour et nuit ! Sacré Björn ! Bon, c’est pas tout ça mais ici en France, c’est le bordel. Si tu pouvais intervenir, ça nous arrangerait bien. L’affaire est très simple à comprendre, même pour un Suédois en short aidé par une mauvaise traductrice en jupe. Elle se résume à ces dix lettres : SABIRAP PNB.
Enfin, pas tout à fait. Mais ton œil vif aura rectifié de lui-même et envoyé la bonne info au cerveau. C’est à dire : BNP PARIBAS inversé. Aussi sec, te revoilà plongé vingt-cinq ans en arrière. Tu revois la belle bâche verte au fond du court central de Roland-Garros et tes relevés de compte en banque de la grande époque. Dans la première, tu repoussais tes adversaires à grands coups de raquette. Dans les seconds, les zéros venaient faire la queue. « Poussez pas derrière, on arrive à la fin de la colonne crédit ! » Tes banquiers souriaient. Tu étais LA terreur du circuit !
Le souci, en France, c’est que depuis quelque temps, à la télé, sur les archives, on lit SABIRAP PNB et que fatalement tu es gaucher. Les chaînes ont peur de se faire taper sur les doigts par les autorités ou bien d’offrir de la pub à des annonceurs qu’elles peuvent faire banquer par ailleurs en passant de vrais spots, alors elles inversent les images. Rassure-toi, tu as toujours ton palmarès ! Oui, McEnroe est un droitier minable sans aucun talent. Il est ridicule. Son service extérieur de gauche à droite, sur les points décisifs en fin de jeu, a disparu. Inversé aussi, comme par connerie !
Alors tu vas nous faire bien plaisir. Tu poses ta raquette, tes béquilles, ou ton déambulateur, tu prends ton téléphone, et tu fais le 01 40 58 38 00. C’est le numéro du CSA, le seul à pouvoir agir. Tu vas demander Dominique Baudis, avec un "b" comme balle de match. Une voix agréable va te dire « De la part ? » Toi, tu dis « Björn Borg », tu attends deux secondes, laisses passer le « Allô, oui, comment allez-vous ? Vous vous souvenez, nous nous étions croisés à Roland-Garros, j’vous avais interviewé, à l’époque, j’étais journaliste… » et là, dans un bon français, tu lui dis : « Je suis droitier » et tu raccroches. Il comprendra.
Et puis, mets un pantalon, l’hiver sera rude.